Depuis plusieurs mois, les particuliers constatent que les banques demandent davantage de justificatifs, limitent certains montants, refusent plus facilement les dossiers tendus ou imposent davantage de garanties. Ce phénomène ne touche pas seulement une banque ou un type de crédit : il concerne aujourd'hui une grande partie du marché.
Pour les emprunteurs, une conclusion s'impose :
- si vous avez un projet, n'attendez pas pour déposer votre demande ;
- et si vous obtenez un accord, il est souvent préférable de le sécuriser rapidement.
Car derrière le durcissement actuel, il y a des raisons économiques, géopolitiques, prudentielles et réglementaires profondes.
Un contexte économique et géopolitique devenu plus instable
Depuis la guerre en Ukraine, puis les tensions entre l'Iran, Israël et les États-Unis, les marchés financiers sont devenus plus nerveux.
Les investisseurs craignent :
- une hausse durable des prix de l'énergie ;
- une inflation plus forte ;
- des taux d'intérêt élevés plus longtemps ;
- un ralentissement économique ;
- et une augmentation des défauts de paiement.
Dans ce contexte, les banques centrales restent prudentes et maintiennent des politiques monétaires restrictives. Pour les banques, cela a une conséquence directe : elles se refinancent plus cher pour prêter. Or, quand le coût de refinancement augmente, le crédit devient moins rentable. Et lorsque les taux d'usure limitent la possibilité d'augmenter les taux proposés aux clients, certaines opérations deviennent même peu rentables, voire déficitaires. Les banques sont alors obligées de sélectionner davantage les dossiers qu'elles acceptent.
Des clients plus fragiles qu’avant
Depuis plusieurs mois, les banques constatent également une hausse du risque. Les difficultés économiques pèsent davantage sur les ménages :
- augmentation des dépenses contraintes ;
- hausse des loyers ;
- hausse du coût de l'énergie ;
- stagnation des revenus ;
- multiplication des crédits renouvelables ;
- fragilité de certains emplois.
Plus inquiétant encore, certaines banques observent désormais des clients qui passent directement d'une situation saine à une situation de surendettement. Autrement dit : un client qui semblait solvable il y a encore quelques mois peut aujourd'hui devenir beaucoup plus fragile.
Les banques renforcent donc :
- les contrôles sur les relevés de comptes ;
- l'analyse du reste à vivre ;
- les contrôles sur les incidents bancaires ;
- les vérifications de stabilité professionnelle ;
- les limites sur les taux d'endettement ;
- les contrôles sur les crédits déjà existants.
Les profils les plus touchés sont souvent :
- les locataires seuls ;
- les ménages mono-revenus ;
- les clients avec peu d'épargne ;
- les personnes ayant connu des incidents bancaires ;
- les clients ayant déjà réalisé un ou plusieurs regroupements de crédits récents.
Les règles prudentielles obligent les banques à être plus sélectives
Depuis la crise financière de 2008, les banques sont soumises à des règles beaucoup plus strictes. Ces règles sont principalement issues des accords de Bâle III, aujourd'hui renforcés par les nouvelles règles européennes CRR3 / CRD6, entrées en application en 2025.
Le principe est simple : plus un crédit est risqué, plus la banque doit immobiliser de fonds propres. Autrement dit, quand une banque accorde un crédit, elle ne peut pas simplement utiliser l'argent des dépôts ou des marchés financiers. Elle doit également immobiliser une partie de ses capitaux propres pour absorber d'éventuelles pertes futures.
Les exigences de fonds propres portent notamment sur :
- le risque de crédit ;
- le risque opérationnel ;
- le risque de marché ;
- le risque de liquidité.
Les banques doivent respecter plusieurs ratios, dont :
- le ratio CET1 ;
- le ratio Tier 1 ;
- le ratio global de solvabilité ;
- le ratio de levier ;
- le LCR (Liquidity Coverage Ratio) ;
- le NSFR (Net Stable Funding Ratio).
Les exigences prudentielles minimales imposent généralement aux banques de détenir au moins 8% à 11% de fonds propres par rapport aux actifs pondérés par le risque.
Pourquoi un dossier “consomme” plus de fonds propres qu’un autre
Tous les crédits n'ont pas le même coût prudentiel pour une banque. Un dossier simple, avec un bon reste à vivre, un faible taux d'endettement, une stabilité professionnelle, une épargne disponible, une garantie hypothécaire ou caution, une assurance emprunteur solide sera considéré comme moins risqué.
À l'inverse, un dossier sans garantie (ou sûreté qu'elle soit personnelle comme la caution ou réelle comme l'hypothèque), avec un endettement élevé, plusieurs crédits récents, des incidents bancaires sur ce que l'on appelle les charges primaires (le loyer, les crédits immobiliers ou consommation, les impôts, les pensions alimentaires, l'eau, l'énergie) ou avec un profil mono-actif consommera davantage de fonds propres. Et c'est là que les regroupements de crédits avec garantie prennent de plus en plus d'importance.
Pourquoi les crédits avec garantie sont favorisés
Pour une banque, un regroupement de crédits avec hypothèque ou caution présente un risque inférieur à un regroupement sans garantie. En cas de difficulté de paiement :
- une hypothèque permet à la banque de récupérer une partie des sommes via la vente du bien ;
- une caution offre également une protection complémentaire ;
- une cession sur salaire ou une garantie complémentaire réduit encore le risque.
Cela change complètement la manière dont le dossier est provisionné. En matière de coût du risque, un crédit sans garantie nécessite généralement davantage de provisions pour créances douteuses qu'un crédit garanti. En comptabilité bancaire, les banques doivent constituer des provisions sur les encours sains, sensibles ou douteux, conformément aux règles IFRS 9. Ces provisions viennent réduire leurs fonds propres et leur rentabilité.
Ainsi :
- un RAC (rachat de crédits) sans garantie qui bascule en impayé peut nécessiter une provision élevée ;
- un RAC avec hypothèque ou caution aura un taux de perte attendu plus faible ;
- le besoin de capital réglementaire sera donc moins important.
C'est une des raisons pour lesquelles les banques orientent de plus en plus les dossiers importants vers le crédit hypothécaire, les cautions, les doubles garanties, ou des montages avec davantage de sûretés.
On voit également apparaître davantage de demandes de co-emprunteur, garantie complémentaire, réduction de durée de remboursement, nantissement, cession sur salaire, apport personnel ou caution mutuelle…
Les banques cherchent à limiter leur coût du risque
Le coût du risque représente les pertes et provisions liées aux impayés, défauts et créances douteuses. Depuis plusieurs mois, ce coût augmente dans de nombreux groupes bancaires. Certaines grandes banques françaises évoquent désormais : une hausse des provisions, une augmentation des encours douteux et une forte vigilance sur les clients les plus fragiles.
Pour une banque, un dossier refusé vaut parfois mieux qu'un dossier accordé mais défaillant quelques mois plus tard. C'est pourquoi on observe plus de refus sur les dossiers "limites", moins de tolérance sur les incidents bancaires, davantage de vigilance sur les regroupements récents, des limites sur certains profils et un retour en force des garanties.
Pourquoi il ne faut pas attendre
Dans ce contexte, beaucoup d'emprunteurs pensent qu'il vaut mieux patienter en espérant une baisse des taux, une amélioration des critères ou un contexte plus favorable. Mais ce raisonnement peut être risqué car les critères bancaires peuvent se durcir plus vite que les taux ne baissent. Un dossier qui passe aujourd'hui peut ne plus passer demain si le taux d'endettement maximum accepté par la banque baisse, le reste à vivre exigé augmente, les incidents bancaires deviennent bloquants, la banque demande une garantie supplémentaire ou les plafonds de financement sont revus à la baisse.
C'est pourquoi il est souvent préférable de déposer son dossier rapidement, de préparer des justificatifs complets, d'être réactifs aux demandes des intermédiaires en rachat de crédits comme Keyliance, de stabiliser ses comptes, d'éviter les découverts ou la multiplicité des crédits renouvelables et de sécuriser un accord dès qu'il est obtenu.
Dans un environnement devenu FANI (Fragile, Anxieux, Non-linéaire et Incompréhensible), attendre n'est plus toujours la meilleure stratégie.
Au contraire : plus les banques se durcissent, plus un accord obtenu a de la valeur et dans beaucoup de cas, il vaut mieux sécuriser une solution aujourd'hui que risquer de ne plus être finançable demain.